
Pourquoi il n'y a pas de spiritueux à l'épicerie, jusqu'à quelle heure on peut acheter, et ce qu'on a le droit d'apporter au restaurant.
Pourquoi ce guide
C'est l'un des angles morts les plus courants chez les nouveaux arrivants.
Vous préparez un souper, vous passez à l'épicerie, et vous cherchez une bouteille de rhum ou de vodka. Vous ne la trouverez pas. Pas parce que le magasin est mal approvisionné — parce que la loi l'interdit.
Au Québec, l'État contrôle la vente d'alcool, et les règles ne ressemblent à celles d'à peu près aucun autre endroit où vous avez probablement vécu. Où acheter quoi, jusqu'à quelle heure, ce qu'on peut apporter au restaurant, si on peut boire dans un parc : chacune de ces questions a une réponse précise, et se tromper peut coûter une amende.
Ce guide répond à toutes, en s'appuyant uniquement sur les textes des organismes qui les appliquent. Quand une règle est floue, ou qu'un montant d'amende varie selon les sources, nous le disons au lieu de deviner.
1. La règle de base : qui a le droit de vendre quoi
Tout part d'une distinction simple : les spiritueux d'un côté, tout le reste de l'autre.
La est une société d'État. Elle indique elle-même que les spiritueux de plus de 7 % demeurent strictement sous son exclusivité. Autrement dit : rhum, vodka, gin, whisky, tequila, liqueurs — uniquement en SAQ.
Les épiceries et les détiennent un autre type de permis, délivré par la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ). Ce autorise la vente de bière (sauf les mélanges à la bière de plus de 7 % d'alcool), de cidre, de vin, et des boissons fermentées des producteurs artisanaux. Aucun alcool distillé.
Une précision qui explique bien des choses : pour obtenir ce permis, le commerce doit présenter une valeur d'étalage alimentaire d'au moins 5 500 $, et les aliments doivent représenter au moins 51 % des produits étalés. C'est pourquoi un dépanneur peut vendre de la bière, mais pas une boutique qui ne vendrait que de l'alcool.
Vous remarquerez aussi que le vin d'épicerie n'est pas le même que celui de la SAQ. Ce n'est pas une question de qualité mais de réglementation : le vin vendu en épicerie au Québec doit être embouteillé au Québec. Il arrive souvent en vrac et il est mis en bouteille ici.
2. Jusqu'à quelle heure ? 23 h, et c'est une limite légale
Voici la règle qui surprend le plus, parce qu'elle est invisible : un titulaire de permis d'épicerie peut vendre et livrer des boissons alcooliques tous les jours entre 7 h et 23 h.
Ce n'est pas l'heure de fermeture du commerce, c'est l'heure limite de vente d'alcool. Un dépanneur ouvert 24 heures sur 24 refusera votre caisse de bière à 23 h 05. La caisse le bloque automatiquement. Beaucoup de nouveaux arrivants croient s'être trompés de magasin ou avoir mal compris — non, c'est la loi.
Pour les restaurants, les règles sont différentes : le service sur place est autorisé de 8 h à 3 h du matin, tandis que la vente pour emporter ou la livraison s'arrête à 23 h.
Pour la SAQ, la réponse est plus simple qu'on ne le croit. Les établissements d'alimentation, y compris les SAQ, ne sont pas soumis aux heures normales de commerce et peuvent légalement ouvrir en tout temps. Leurs heures réelles sont donc une décision commerciale de la SAQ, pas une contrainte légale — et elles varient d'une succursale à l'autre. Vérifiez toujours celle de votre succursale avant de vous déplacer.
3. L'âge, la carte d'identité, et une nuance mal comprise
L'âge légal pour acheter de l'alcool au Québec est 18 ans. Une personne mineure ne peut jamais en acheter, et ne peut pas non plus demander à un adulte de le faire pour elle. Un adulte n'a pas le droit de fournir de l'alcool à un mineur.
Voici la nuance que presque personne ne connaît, et qui vaut la peine d'être comprise correctement : la loi n'interdit pas systématiquement aux personnes de moins de 18 ans de boire de l'alcool. Elle leur interdit d'en acheter. Ce qui se passe à la maison, sous la responsabilité des parents, relève de la décision familiale. Ne confondez donc pas les deux : acheter est strictement interdit avant 18 ans ; boire ne l'est pas de façon absolue.
Attendez-vous à ce qu'on vous demande une pièce d'identité avec photo, y compris si vous avez visiblement plus de 18 ans. Ce n'est pas de la méfiance envers vous : le commerçant risque une amende et la suspension ou la révocation de son permis s'il vend à un mineur.
Nous ne donnons pas ici de montant d'amende : les chiffres publiés varient selon les sources officielles consultées, et nous préférons ne pas propager un chiffre incertain.
Concernant les bars, une personne mineure ne peut y entrer que dans des situations précises : avant 22 h et sur une terrasse accompagnée d'un parent, ou dans une section réservée lors d'un événement privé.
4. « Apportez votre vin » — et le nom vous trompe
C'est une particularité québécoise que beaucoup de nouveaux arrivants découvrent tard — et qu'ils comprennent souvent de travers.
Certains restaurants affichent . Cela signifie que vous achetez votre bouteille avant de venir — à la SAQ ou à l'épicerie — et que le restaurant vous la sert. Le restaurant, lui, ne vend pas d'alcool.
Ce n'est pas une tolérance informelle : cela repose sur une option précise du permis de restaurant délivré par la Régie, l'option « pour servir », qui autorise uniquement le titulaire à laisser les clients consommer sur place les boissons alcooliques qu'ils ont apportées.
Voici le point important : malgré son nom, « apportez votre vin » ne se limite pas au vin. Vous pouvez apporter du vin, de la bière, du cidre et des prêts-à-boire de 7 % ou moins.
Ce que vous ne pouvez pas apporter : les spiritueux et alcools forts, les liqueurs aromatisées, et toute boisson de fabrication domestique — votre vin fait maison reste à la maison.
Sur les frais de service, souvent appelés droit de bouchon, la réglementation consultée ne dit rien : elle ne les autorise ni ne les interdit explicitement. En pratique, la plupart des restaurants « apportez votre vin » n'en facturent pas, mais certains établissements haut de gamme peuvent en demander un. Nous ne citons pas de montant, faute de source officielle. Le réflexe simple : posez la question au moment de réserver.
5. Boire en public : la règle du repas
Au Québec, la règle de base est qu'il est interdit de consommer de l'alcool dans un lieu public — parc, rue, endroit généralement accessible au public — sauf dans les établissements autorisés à en vendre, lors d'événements particuliers, ou si un règlement municipal en dispose autrement.
C'est cette dernière exception qui compte le plus au quotidien, parce que plusieurs grandes villes l'ont utilisée. À Montréal, Laval, Sherbrooke et Québec, l'alcool est permis dans les parcs seulement s'il est accompagné d'un repas.
La nuance est réelle et elle est appliquée :
- Laval précise que les collations et grignotines ne sont pas considérées comme un repas
- Sherbrooke ajoute une plage horaire, entre 11 h et 20 h
- Montréal applique la règle dans les secteurs de parc où la Ville a installé des tables à pique-nique, ou lors d'événements autorisés
Concrètement : une bouteille de vin avec un vrai repas sur une table à pique-nique, généralement oui. Des bières entre amis sur la pelouse sans nourriture, non.
Comme les règles varient d'une ville à l'autre et parfois d'un arrondissement à l'autre, vérifiez celles de votre municipalité avant d'organiser quelque chose. Nous ne citons pas de montants d'amende : les chiffres qui circulent ne proviennent pas de sources officielles que nous ayons pu consulter directement.
6. Dans la voiture
Une règle courte mais large : au Québec, il n'est pas permis de consommer de l'alcool dans un véhicule routier, que ce soit sur un chemin public, un chemin privé ou dans un stationnement de centre commercial.
Notez bien la portée : l'interdiction vise la consommation, et elle s'applique à tous les occupants, pas seulement au conducteur. Un passager ne peut pas boire pendant le trajet.
Cela ne doit pas être confondu avec le transport d'alcool, qui reste permis — vous pouvez évidemment rapporter vos achats de la SAQ. L'usage courant de placer les bouteilles entamées dans le coffre est une bonne pratique, pas une obligation que nous ayons pu confirmer dans un texte officiel.
Ce guide ne traite pas de la conduite avec les facultés affaiblies, qui est un sujet distinct et beaucoup plus grave, relevant du Code criminel et du Code de la sécurité routière.
7. Rapporter de l'alcool de l'étranger
Si vous revenez d'un voyage de 48 heures ou plus, l'Agence des services frontaliers du Canada permet de rapporter en franchise, au choix :
- Jusqu'à 1,5 litre de vin (environ deux bouteilles de 750 ml)
- Ou jusqu'à 1,14 litre de spiritueux
- Ou jusqu'à 8,5 litres de bière (environ 24 canettes de 355 ml)
Au-delà de cette franchise, vous pouvez rapporter jusqu'à 9 litres supplémentaires en payant les taxes fédérales et provinciales ainsi que la majoration de la SAQ. Entre 9,1 et 45 litres, une autorisation de la SAQ est requise, et les douanes peuvent la demander avant de libérer votre marchandise.
L'âge minimum pour importer de l'alcool au Québec est de 18 ans.
Si vous prévoyez de faire venir une cave complète lors de votre déménagement, contactez la SAQ avant l'expédition plutôt qu'après.
8. Ce qui va changer bientôt
Une règle décrite dans ce guide a une date de péremption, et il vaut mieux le savoir.
En juin 2026, l'Assemblée nationale a adopté et sanctionné une loi d'allègement réglementaire qui autorisera les épiceries et les dépanneurs à vendre des prêts-à-boire à base de spiritueux titrant 7 % ou moins. Aujourd'hui, seuls les prêts-à-boire à base de malt peuvent y être vendus ; ceux à base de spiritueux restent à la SAQ.
La date d'entrée en vigueur annoncée est le début de 2027, mais nous n'avons pas pu la confirmer dans le texte officiel de l'Assemblée nationale — seules des sources de presse la mentionnent. Traitez donc cette échéance comme indicative et vérifiez l'état du droit au moment où vous lisez.
Ce qui ne change pas : les spiritueux de plus de 7 % restent sous l'exclusivité de la SAQ.
9. Questions fréquentes
Les questions les plus fréquentes sur l'alcool au Québec : où trouver des spiritueux, l'heure limite d'achat, ce qu'on peut apporter dans un restaurant « apportez votre vin », et si l'on peut boire dans un parc.
Pourquoi n'y a-t-il pas de vodka à l'épicerie ?
Parce que les spiritueux de plus de 7 % sont sous l'exclusivité de la SAQ. Le permis d'épicerie que détiennent les supermarchés et les dépanneurs n'autorise que la bière, le cidre, le vin et certaines boissons fermentées — aucun alcool distillé, quelle que soit la taille du magasin.
Jusqu'à quelle heure puis-je acheter de la bière ?
Jusqu'à 23 h. Un titulaire de permis d'épicerie peut vendre de l'alcool tous les jours entre 7 h et 23 h. C'est une limite légale de vente, pas l'heure de fermeture du commerce : un dépanneur ouvert toute la nuit refusera quand même votre achat après 23 h.
Puis-je apporter de la bière dans un restaurant « apportez votre vin » ?
Oui. Malgré son nom, ce type de restaurant accepte le vin, la bière, le cidre et les prêts-à-boire de 7 % ou moins. Sont exclus les spiritueux, les liqueurs aromatisées et toute boisson de fabrication domestique.
Ai-je le droit de boire une bière dans un parc ?
En principe non : boire dans un lieu public est interdit au Québec, sauf disposition municipale contraire. À Montréal, Laval, Sherbrooke et Québec, c'est permis dans les parcs uniquement si l'alcool accompagne un repas — et à Laval, une collation ne compte pas comme un repas. Vérifiez le règlement de votre municipalité, et parfois de votre arrondissement.
10. Voir aussi
Ces guides apparentés peuvent vous être utiles :
- Manger au restaurant au Québec — codes du restaurant et commande, le complément naturel de la section « apportez votre vin » ci-dessus
- Le pourboire au Québec — combien et quand, y compris sur une addition où vous avez apporté le vin
- Les épiceries au Québec — quelles chaînes vendent quoi, et où se trouve le rayon bière et vin
- La consigne et le recyclage — quels contenants sont consignés, et le calendrier pour les bouteilles de vin et de spiritueux
11. Sources officielles
Toutes les règles citées dans ce guide proviennent des pages officielles ci-dessous.
- Permis d'épicerie — Régie des alcools, des courses et des jeux
- Permis de restaurant — Régie des alcools, des courses et des jeux
- Le monopole maintenu — SAQ
- Peux-tu boire ou acheter de l'alcool ? — Éducaloi
- Quel alcool choisir pour un « apportez votre vin » ? — Éducaloi
- Pique-niques au parc : qu'ai-je le droit de faire ? — Éducaloi
- Allocations d'alcool, tabac et cannabis — Agence des services frontaliers du Canada
- Heures normales d'ouverture des commerces — Gouvernement du Québec
Note de l'auteure : ce guide contient plus de blancs assumés que la plupart des autres, et c'est volontaire.
Les montants d'amende pour vente à un mineur, pour consommation dans un parc ou dans un véhicule circulent partout — sur des blogues, des forums, des sites d'avocats — mais les sources officielles que nous avons pu consulter directement soit ne les donnent pas, soit se contredisent. Nous avons préféré vous dire quelle est la règle plutôt que combien vous coûterait de l'enfreindre. Si vous avez besoin du chiffre exact pour une situation réelle, la Régie des alcools, des courses et des jeux est l'interlocuteur, pas un forum.
Pour le reste, retenez trois choses et vous éviterez 90 % des mauvaises surprises : les spiritueux sont à la SAQ et nulle part ailleurs, la vente d'alcool en épicerie s'arrête à 23 h, et « apportez votre vin » veut en réalité dire « apportez votre boisson fermentée ».





